Croquettes et système digestif du chien : quelles modifications et quelles conséquences sur l’immunité ?
L’alimentation industrielle à base de croquettes est devenue la norme pour nourrir les chiens. Pourtant, ce type d’alimentation transforme profondément le fonctionnement du système digestif canin. Ces modifications ne concernent pas uniquement la digestion, mais ont également des répercussions directes sur le système immunitaire, la résistance aux infections et la tolérance alimentaire.
Le chien : un carnivore physiologiquement adapté à la viande
Le chien est un carnivore opportuniste, biologiquement conçu pour consommer principalement de la viande crue, des os charnus et des abats. Son système digestif s’est adapté à ce régime au cours de millions d’années d’évolution.
L’estomac du chien est naturellement très acide, avec un pH pouvant descendre à 1,5–2 lorsqu’il consomme une alimentation riche en protéines animales. Cette acidité élevée permet :
– la dégradation rapide des protéines animales
– le ramollissement et la digestion des os crus
– la destruction efficace des bactéries pathogènes telles que Salmonella, E. coli, Campylobacter ou Clostridium
Associé à cette forte acidité, le chien possède un tube digestif relativement court et un transit intestinal rapide, permettant de digérer une proie complète en 8 à 12 heures seulement.
L’arrivée des croquettes : un changement radical de composition
Les croquettes sont des aliments hautement transformés, dont la formulation répond avant tout à des impératifs industriels et économiques. La protéine animale étant le composant le plus coûteux, elle est souvent réduite ou partiellement remplacée.
Pour compenser, les fabricants augmentent la part de glucides : maïs, blé, riz, pommes de terre ou légumineuses. Par ailleurs, les protéines animales sont fréquemment remplacées par des protéines végétales (soja, pois, lupin), moins chères mais biologiquement moins adaptées au chien.
Diminution de l’acidité gastrique et ralentissement digestif
La sécrétion d’acide gastrique est directement stimulée par la présence de protéines animales. Lorsque l’alimentation est majoritairement composée de glucides et de protéines végétales, l’estomac devient progressivement moins acide, avec un pH pouvant atteindre 4 voire davantage.
Dans cet environnement moins acide :
– la digestion gastrique est ralentie
– la vidange de l’estomac prend plus de temps
– les enzymes digestives fonctionnent moins efficacement
– les bactéries alimentaires ne sont plus détruites de manière optimale
Os et viande crue : un problème de contexte digestif
Les troubles souvent attribués aux os crus ou à la viande crue surviennent principalement chez des chiens nourris exclusivement aux croquettes. Leur estomac, devenu moins acide, ne parvient plus à ramollir correctement les os ni à gérer une charge bactérienne naturelle.
Cela peut entraîner :
– vomissements
– gastro-entérites aiguës
– proliférations bactériennes
– risques d’obstruction
Il ne s’agit pas d’une incapacité physiologique du chien, mais d’une désadaptation progressive de son système digestif.
Fermentation intestinale et perturbation du transit
L’excès de glucides et de fibres végétales favorise une fermentation accrue dans le côlon. Le transit intestinal s’allonge, pouvant atteindre 24 heures, ce qui entraîne :
– production excessive de gaz
– selles volumineuses ou molles
– constipation par réabsorption excessive d’eau
– inflammation chronique de la muqueuse intestinale
Conséquences sur le système immunitaire
Environ 70 % du système immunitaire du chien est situé dans l’intestin. Lorsque la digestion est perturbée et que l’intestin est soumis à une inflammation chronique, le système immunitaire est continuellement sollicité.
Cette situation entraîne :
– une augmentation de la perméabilité intestinale
– le passage de protéines mal digérées dans la circulation sanguine
– une hyperstimulation du système immunitaire
– une baisse de la tolérance alimentaire
À long terme, cela favorise l’apparition d’allergies, de maladies inflammatoires, d’infections répétées et d’un affaiblissement global des défenses immunitaires.
Importance d’une transition alimentaire progressive
Le retour à une alimentation plus naturelle ne peut pas être brutal. Il faut généralement 7 à 10 jours pour que l’acidité gastrique retrouve un pH proche de 2.
Introduire progressivement de la viande fraîche permet :
– de restaurer une acidité gastrique optimale
– de soutenir le microbiote intestinal
– de réduire les risques digestifs
– de renforcer le système immunitaire
Conclusion
Les troubles digestifs et immunitaires observés chez de nombreux chiens sont rarement liés à la viande crue ou aux os en eux-mêmes ‘ retrouvez ici notre article sur le BARF. Ils sont le plus souvent la conséquence d’un système digestif modifié par une alimentation industrielle prolongée.
Respecter la physiologie carnivore du chien, c’est préserver son équilibre digestif, soutenir son microbiote intestinal et renforcer durablement son système immunitaire.







